Le Pont du Gard

IX . Le site du Pont du Gard

          

B . Visite

6 .  Signes compagnonniques et inscriptions

          Le Pont du Gard est couvert d'inscriptions, de dessins et de symboles. Il s'agit pour la plupart de signes gravés dans la molasse à partir du XVIIIème siècle. La pierre est d'une couleur chaude mais elle de prête peu à la finesse du trait. L'observation de ces signes ou de ces inscriptions est d'autant plus aisée que leurs supports sont bien éclairés. Il faut donc choisir son moment : C'est le matin, de préférence, qu'on observera  les dessins de la face nord du Pont (côté Vieux Moulin) ; et c'est l'après midi, en revanche, qu'on observera les dessins gravés sur la paroi verticale du parapet, le long du pont routier.

                    1) Les signes qu'on peut bien voir le matin :

                         Le matin on recherche les signes ou les inscriptions qui sont gravés, en particulier, du côté aval du Gardon donc sur le monument face à l'auberge du Vieux Moulin.

                         Commençons par le pied de l'escalier à vis - édifié par Questel - en amont du pont, côté VERS (première arche). Gravée sur la corniche galbée située à la base des arcades du troisième étage, au départ sur le premier mètre, on voit une inscription de toute beauté qui rassemble à la fois :
                        *  huit des outils utilisés par les compagnons tailleur de pierre : un niveau de maçon - dit archipendule - à monture triangulaire et munie en son axe d'un fil à plomb, un burin à large lame, un pic, un burin, une massette, l'ensemble compas-équerre et un marteau ;
                         * surmontant cette frise, l'inscription des nom et surnom du compagnon et son origine : FOUCHE DIT LA VERTU DE SAINTE ;
                          * les lettres C P T D P qui, selon M. Jean-Claude Bessac signifieraient : " Compagnon Passant Tailleur De Pierres ".
                           L'exposition défavorable, le support galbé comprenant deux axes d'inflexion, la proximité d'arbres qui portent ombre compliquent les conditions de prise de vue et d'observation. Il est préférable de contempler cette marque le matin avant neuf heures, en octobre, de manière à réunir la maximum de bonnes conditions.
                           Ce bel ensemble gravé sur une corniche contemporaine de la construction de l'escalier en colimaçon de Questel ne peut être que postérieure à la seconde moitié du XIXème siècle. Avec des jumelles on distingue aisément les détails délicats du dessin.

                           Nous ne décrirons pas tous les signes compagnonniques  que l'on peut relever sur le Pont du Gard - on en compte plus de trois cents -. Nous ne les connaissons pas tous. Nous relèverons cependant, sur les piliers, de multiples inscriptions de plus ou moins bonne facture, dont le fameux écusson ( sur le pilier gauche de la septième arche à partir de la rive gauche ) : LA FRISE DORLEANS , dont l'apostrophe est omise, qui est gravé sur le même plan qu'un blason largement décoré par un marteau de tailleur de pierre.

                           A nos pieds, au niveau du pont routier, contre le pilier gauche de la huitième arche, sur le tablier qui sépare le premier du second étage, un bicycle dit "Grand Bi" est dessiné à plat et évoque une époque. Il n'est pas signalé dans les ouvrages et c'est dommage car il est facilement repérable (bien qu'endommagé par l'implantation d'une boîte à lumière dans le tablier du Pont du Gard).

                           En haut de la neuvième arche du second étage, on peut voir :                            * le " coq du Pont du Gard " tourné vers la rive gauche, perché sur deux pattes raides. Le coq, emblème du réveil, de la vigueur, a été probablement gravé par un compagnon qui restaurait la façade au XIXème siècle.
                             * Non loin du coq, une gravure mais romaine celle-là : le "lièvre" du Pont du Gard. Il s'agirait d'un des symboles phalliques que les Romains gravaient sur les monuments pour leur assurer une certaine longévité et les protéger du mauvais sort.

                           Sur les piliers, les inscriptions, compagnonniques pour la plupart, foisonnent.

                            Le matin, on peut lire gravée sur les pierres dans la concavité des septième et neuvième arches, des chiffres romains :  I ; II ; III ; IIII ; V ; VI ; VII ; VIII ; X. De même, dans des cartouches : FR SI ; FR DII ; ...  MI ; MII selon qu'il s'agissait de pierres taillées en carrières et destinées à occuper les niveaux 1, 2 ou 3 et qui devaient être placées sur le front droit (destra), ou gauche (sinistra) ou au milieu (medium). On peut noter en passant qu'à cette époque on utilisait la notation additive IIII (un, plus un, plus un, plus un) et non la notation soustractive IV (cinq moins un). La neuvième pierre ne porte aucune inscription, sans doute a-t-elle été remplacée.

                           2) Inscriptions et signes bien visibles l'après-midi :

                               L'après-midi il est facile d'examiner les signes gravés sur la face verticale du parapet du pont routier. Ces signes sont tous postérieurs à 1743, date du début de la construction du pont.
                                Les signes foisonnent et symbolisent en général l'art des maçons et tailleurs de pierre. Le compas (angle dont le sommet est en haut) et l'équerre (sommet en bas) sous leur forme stylisée concernent les compagnons de tous corps alors que plus élaborée ces formes sont réservées à ceux qui utilisent effectivement ces instruments : les menuisiers, charpentiers, .... Des fers à cheval accompagnent les signes compagnonniques du maréchal ferrant. Le marteau taillant, la polka, le pic, le marteau grain d'orge, sont les outils des tailleurs de pierre.
                                 Dans sont ouvrage : " les marques compagnonniques de passage ", J.L. Van Belle donne des renseignements fort intéressants sur les signes des compagnons, leur interprétation et les outils des tailleurs de pierre. 
                                 Sur les dalles qui recouvrent l'aqueduc on en découvre de très particulières, spécifiques à d'autres professions qui y ont, aussi, laissé leur trace : tapissiers, boulangers, serruriers.

                                 Il est dommage qu'à côté des signes des compagnons, qui étaient des artistes, quelques graffiti déparent l'ouvrage.

 

   

   Accueil                                   Retour haut de page